Et moi, est-ce que je suis normal?

Certains ont des doutes sur ce qu’ils vivent, d’autres mettent carrément en question leur propre personne : « Est-ce que je suis normal ? Parfois, j’ai l’impression d’être un monstre… » Voyons ce que l’on peut répondre à une question pareille. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Vous avez l’impression d’être différent ? Trop différent ?

On doute de sa normalité quand on se croit étrange.

Mais l’êtes-vous tant que ça ?

Je ne sais pas ce que votre entourage pense de vous, mais à moi, votre personnalité et vos habitudes (quelles qu’elles soient) ne me semblent pas bizarres du tout. Je me rappelle trop bien de mon passé pour porter ce jugement sur quiconque.

Je me souviens de m’être prise pour la réincarnation de la vierge Marie, de Cléopâtre et d’Anastasia Romanov.

Je me souviens d’être allée au cinéma avec Émile, mon ornithorynque en peluche, posé sur l’épaule.

Je me souviens d’avoir porté un pull à paillettes multicolores, des chaussettes à rayures et des tongs dorées à la soutenance d’une thèse universitaire pleine de tailleurs noirs et gris.

Je me souviens d’avoir rencontré mes élèves pendant un concert de rock. J’avais déjà rencontré ces jeunes gens quelque part, certes, mais où ? Impossible de m’en souvenir. Eux par contre m’ont tout de suite identifiée, et m’ont jeté un « Madame ?! » incrédule et attristé.

Je me souviens d’avoir hurlé des phrases absurdes devant l’hôpital psychiatrique où ma meilleure amie, affolée, me conduisait en urgence et en pyjamas. Dans ma tête, les idées tournaient à une vitesse folle (c’est bien le mot) ; d’une seconde à l’autre je me forgeais une nouvelle histoire familiale : 69 Marre de la vie ? ma grande sœur était ma petite sœur, ou plutôt ma mère n’était pas ma mère, ou plutôt ma sœur était lesbienne sans le savoir, etc. Vous voyez : vous n’êtes pas si bizarre que ça, finalement… Fourmis dans la fourmilière

Même en vous comparant à moi vous persistez à vous juger étrange ? Ok.

Je vous garantis qu’il y a quelque part quelqu’un d’autre qui, par sa folie ou du moins par son excentricité et ses choix hors-norme, vous ferait sentir normal, et même… ordinaire.

Il faut en effet que vous sachiez que nombre de gens ont le problème inverse du vôtre. Ces personnes se sentent insipides, ternes, lambda. Remplaçables comme une bouteille de cinquante centilitres en plastique transparent destinée à accueillir de l’eau minérale. Eux aimeraient bien se sentir bizarres : ça les sauverait de l’anonymat qui menace de les engloutir. Ils se rêvent différents et se voient d’une banalité à pleurer : des pions interchangeables sur le grand échiquier, des fourmis ouvrières dans la fourmilière.

Pensez à eux la prochaine fois que vous sentirez que vous ne rentrez pas dans le moule. Ce qui est à vos yeux un problème est aux leurs un idéal. Pas vraiment des vrais chats

Pourquoi tant de gens mettent-ils en doute leur normalité ? Pourquoi en avez-vous douté vous-même, avant de comprendre que vous êtes parfaitement normal ?

En raison d’une définition inexacte de la nature humaine.

Une définition étriquée de l’Homme est comme un jean trop serré : elle empêche de respirer à fond. Elle coupe la circulation. Elle empêche de faire certains mouvements. Bref, c’est une entrave.

Pour comprendre pourquoi et comment, supposons que ma définition de « chat » soit « félin domestique à poil blanc faisant ronron et miaou et pourchassant les souris. » Avec une définition aussi resserrée, de quel œil vais-je considérer les chats noirs, gris ou rayés, ceux qui dédaignent les petits rongeurs, ceux qui sont introvertis ou aphones ? 70 Foire aux questions

Dans mon dictionnaire personnel, il n’y a pas de place pour eux. Ne disposant pas d’une catégorie où les classer, d’une boîte mentale où les ranger, je les laisse en marge, dans les limbes : à mes yeux, ces chats-là ne sont pas vraiment des vrais chats.

De même, on se croit anormal lorsqu’on se met soi-même sur la touche en définissant la nature humaine d’une manière si étroite qu’on n’y entre pas. De la tête aux pieds, un homme…

Si je vous disais que vous êtes un être humain, je ne vous apprendrais rien de bien nouveau… Mais êtes-vous vraiment sûr d’avoir assimilé tous les prolongements et suites de cette information fondamentale ?

Peut-être n’avez-vous pas mesuré toute la portée de cette vérité plus riche de conséquences qu’elle n’en a l’air.

Vous êtes un être humain, cela veut dire que vous appartenez à une grande famille où le pire côtoie le meilleur, et que vous pouvez monter vers l’excellence – ou dévaler la pente. Vous êtes un être humain, cela veut dire que votre esprit et votre personnalité sont un esprit et une personnalité d’être humain. Vous êtes un être humain, cela veut dire que vous n’êtes ni un dieu, ni un extra-terrestre, ni un vampire, ni un animal, ni un monstre, ni une chose, ni un ange, ni un robot. Vous êtes un être humain, cela signifie que vous cherchez le bonheur, que vous espérez certaines choses et en craignez d’autres, que vous êtes content que les personnes que vous aimez vous aiment aussi, que vous avez une certaine idée de ce qui est bien et de ce qui est mal et que vous devez prendre des décisions tous les jours.

Et parce que vous êtes un être humain, vous ne pouvez pas plus sortir de votre normalité que vous ne pouvez sortir de votre peau. À ce niveau-là, vous n’avez tout simplement pas le choix. De même qu’un chaton angora ne saurait se changer en doberman, ni un teckel nain se métamorphoser en requin marteau, vous ne pouvez pas devenir une autre créature que celle que vous êtes.

Vous êtes homme ou femme de la tête au pied, de la pointe des cheveux gras, secs ou normaux à celle des ongles d’orteils vernis, nus, en amande ou incarnés. Votre identité humaine (et toutes les options qui vont avec) vous colle à l’âme. Il n’y a aucun moyen que vous vous en sépariez, il n’y a aucun moyen que vous cessiez d’être normal.

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